31 août - La minute historique

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31 août - La minute historique

Message  Bianca le Ven 31 Aoû - 14:11


31 août 1888. Polly fait sa dernière passe avec Jack l'Éventreur. Le salaud part sans payer...

Durant la nuit du 31 août 1888, dans le quartier sordide de Whitechapel, il fait un froid de canard. À croire que l'hiver s'est trompé de saison. Des éclairs déchirent le ciel durant de longues heures avant de laisser la place au fameux smog des Anglais, un cocktail de fumées et de pollution. On n'y voit pas à dix mètres. Dans ces bas-fonds londoniens où même Beigbeder hésiterait à s'aventurer, Charles Cross descend la ruelle dite Buck's Row en tirant sa petite charrette, qu'il loue pour quelques pence. À 3 h 40, la lueur de sa lampe éclaire le corps d'une femme gisant sur le sol, elle a l'air morte. Il s'arrête, effaré, fait signe à Robert, un autre charretier qui passe par là. Ils s'approchent de la femme, elle a les jupes relevées, il y a du sang. Son visage est froid, comme ses mains, mais les jambes sont encore chaudes. Elle a dû avoir un malaise, une attaque, se disent les deux hommes. Robert pense même qu'elle respire encore. Ils remettent ses vêtements en place, question de dignité, avant de courir donner l'alerte. Ils trouvent le policier Jonas Mizen, qui les suit à toute allure, sa lampe à la main. Devant le cadavre, ils trouvent un autre policier, John Neil. Holy shit ! C'est au tour du Dr Rees Ralph Llewellyn, un légiste vivant à proximité, d'accourir. Avant 4 heures du matin, il atteste que la femme est bel et bien morte une trentaine de minutes plus tôt, mais certainement pas à la suite d'un malaise. Le Dr House applaudit des deux mains devant tant d'expertise.

C'est un meurtre d'une horreur sans nom. Selon le légiste, la victime a expiré quasi immédiatement après un coup de lame porté à la gorge. Sa langue a été lacérée, il lui manque cinq dents, et elle présente de multiples contusions à la mâchoire, probablement dues à des coups de poing. Son cou présente une double incision d'une oreille à l'autre, opérée avec un scalpel ou un couteau tranchant. Un vrai travail de chirurgien ou de boucher méticuleux. Le bas de son abdomen est gravement mutilé. De profondes blessures entourent ses organes génitaux, laissant penser, à première vue, que le meurtrier est un gaucher. Autant de détails bientôt relatés par le Times, dont la lecture déclenche une vague de terreur dans le quartier. Personne n'a rien vu, personne n'a rien entendu. Cela s'est pourtant passé sous les fenêtres de la veuve Green, qui raconte s'être couchée vers onze heures du soir et, malgré un sommeil léger, n'avoir rien entendu jusqu'à l'arrivée de la police. Ses voisins d'en face, les Purkiss, n'en savent pas davantage.

Prostituée alcoolique mère de 5 enfants


Qui est la victime ? La police découvre vite qu'elle s'appelle Mary Ann Nichols, surnommée Polly. Elle est âgée de 43 ans, mais en parait dix de moins grâce à des injections de Botox recommandées par Nicole Kidman. Polly s'est séparée de son mari, William Nichols, quelques années auparavant, lui abandonnant la garde de leurs cinq gosses. Il lui versait une maigre pension comme la loi l'y oblige, jusqu'à ce qu'il découvre qu'elle tapinait pour mettre du beurre dans les épinards et, surtout, de l'alcool dans son verre... Pas question de raquer pour une putain alcoolo ! Le 31 août 1888, vers 1 h 30 du matin, après avoir zoné un moment dans le quartier à la recherche d'un client, Polly rentre à moitié pétée à la pension de famille dite White House où elle crèche avec Emily Holland, une autre prostituée devenue son amie la plus fidèle.


La logeuse refuse de la laisser entrer car elle n'a pas de quoi payer sa nuit. Polly ironise : "Je trouverai bien vite quelqu'un ! Regardez donc mon beau chapeau !" Il faut vraiment qu'elle trouve une dernière passe si elle veut dormir dans un lit. Il y a certainement un joueur de l'équipe de France de foot encore en vadrouille, même s'il caille et que l'orage est toujours en train de grogner. À 2 h 30, elle croise Emily qui revient des docks. Polly lui confirme que dans la journée elle a gagné au moins trois fois le prix de son lit, mais qu'ayant tout bu elle doit bosser encore. Cela précisé, elle s'éloigne en titubant dans la rue de Whitechapel. À 3 h 15 le policier John Thain emprunte Buck's Row. Rien à signaler. Quelques minutes plus tard, même constat pour le sergent Kerby de Scotland Yard. Pourtant, dans la demi-heure qui suit, c'est dans cette même zone que Mary Ann Nichols rencontre la gloire en devenant la première victime de Jack l'Éventreur. Car elles seront plusieurs à se succéder.

Boucheries


Le 8 septembre, c'est au tour d'Annie Chapman, une autre prostituée, de se faire rectifier dans une cour de Hanbury Street. La scène du crime est pire que la première, la victime est si profondément égorgée que sa tête se détache presque du corps. Elle est étripée, son utérus prélevé... C'est la panique à Whitechapel pour le millier de prostituées du coin. Le tueur de Whitechapel is born ! Le 30 du même mois, rebelote, Elizabeth Stride est trouvée égorgée dans la cour d'un club, ainsi que Catherine Eddowes la même nuit à Mitre Square. Cette dernière est découverte ventre ouvert, éviscérée, foie coupé en morceaux, utérus disparu, visage marqué d'un "V" taillé à la lame... Une vraie boucherie. Et de quatre ! Hugh Grant est un temps suspecté avant d'être relâché. Le 9 novembre, Mary Jane Kelly, la cinquième et dernière victime attribuée officiellement au fameux Jack the Ripper, est retrouvée morte chez elle. Un meurtre encore plus violent que les autres, le chef-d'oeuvre du serial killer, avec une mise en scène : abdomen et cuisses dépecés, seins coupés à la base, visage si mutilé que la victime est méconnaissable. Des lambeaux de chair sont entreposés sur une table. Tous les viscères ont été arrachés et éparpillés autour du corps. Le coeur en revanche a disparu... D'une atrocité indescriptible ! Même Christophe Hondelatte n'a plus envie de faire entrer l'accusé ni, surtout, de chanter. Ouf, un crime de moins !

Les flics sont aux abois, des milliers de personnes sont interrogées. Le tueur utilise toujours le même modus operandi. Il se fait passer pour un client, attire ses proies vers des coins calmes, les égorge pour les tuer et les mutiler tranquillement post mortem. Malgré les nombreux suspects, plus d'une centaine, souvent bouchers, ouvriers des abattoirs, chirurgiens ou médecins, capables selon la police d'une telle précision dans les gestes, le coupable ne sera jamais identifié, jamais arrêté. Aujourd'hui encore, plus d'un siècle après ses méfaits, il fait toujours couler de l'encre dans la presse, stimule les écrivains, les cinéastes, et peut-être même inspire-t-il des carrières d'assassin. Il reste le tueur en série le plus célèbre de la planète. Même si ses atrocités ont été depuis largement dépassées...


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