Le 9 septembre - L'affaire qui a marqué la France

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Le 9 septembre - L'affaire qui a marqué la France

Message  Bianca le Dim 9 Sep - 11:01

Le 5 août 1952 à Lurs, trois corps étaient découverts. La famille de Gaston Dominici, condamné à mort puis gracié, ne cesse de demander sa réhabilitation.

En une nuit, celle du 4 au 5 août 1952, Lurs bascule dans l'horreur. Ce pittoresque village des Alpes-de-Haute-Provence devient le berceau d'une des plus incroyables énigmes criminelles de l'après-guerre. Sir Jack Drummond, biochimiste anglais de grande réputation, son épouse lady Ann et leur fille Elizabeth, 10 ans, sont assassinés en bordure de la RN96, où ils avaient décidé de camper. Les cadavres des parents, tués par balle, sont retrouvés près de leur voiture, une Hillman Minx version break stationnée contre la borne kilométrique 32. Le corps de la fillette, dont le crâne a été fracassé à coups de crosse, est quant à lui découvert plusieurs dizaines de mètres plus loin, sur les rives de la Durance. «Des cadavres, en trente ans de police, j'en ai vu des dizaines (…). Mais penché au-dessus de cette petite fille massacrée, j'étais bouleversé, concéda le commissaire Edmond Sébeille, chargé l'affaire. Elizabeth, en pyjama bleu, reposait sur le dos, son crâne ressemblait à un sac de noix. Deux plaies en forme de V barraient son front sur toute la largeur, son charmant visage disparaissait sous un masque de sang séché. (…) C'est à cet instant que je me suis juré de retrouver son assassin.» Flic marseillais en imper mastic et veste à chevrons, droit sorti d'un Chabrol, grillant clope sur clope au milieu d'une meute de journalistes venus du monde entier, Sébeille restera quinze mois à Lurs. Quinze mois pendant lesquels il va lorgner avec une obstination quasi pathologique la Grand'Terre, une ferme massive plantée à moins de 200 mètres de la tuerie et où vit en autarcie le «clan» Dominici, sous la coupe du «patriarche» Gaston. Il fallait désigner un coupable. Ce paysan farouche et retors en fit un fort honorable, sur fond de crime sexuel. «Mais il y a assez d'éléments dans le dossier pour innocenter mon grand-père et j'aimerais que la vérité soit enfin connue», confie Alain Dominici, petit-fils de Gaston, qui avait 9 mois et vivait à Grand'Terre au moment des faits. «Comment concevoir qu'un paysan de 76 ans ait une rencontre amoureuse avec une lady anglaise ayant une telle différence d'âge et de culture? s'interroge cet ancien éducateur sportif. Les médecins légistes n'ont jamais pu confirmer les accusations de viol avec préméditation étant à l'origine de la condamnation à mort de mon aïeul.»



Gaston Dominici, lors de son procès.

Illettré mais lâchant parfois de sidérants traits d'esprit, taiseux tout en étant capable de faire rire la populace d'une saillie déconcertante, le fermier à la moustache blanche et à la ceinture flanelle régnait en maître sur un décor de pierres et d'oliviers. Les gazettes de l'époque en ont vite fait un épouvantail. Parfois empêtrée dans les mensonges, tour à tour solidaire ou déchirée par des haines recuites, la citadelle des Dominici reste imprenable. Elle fait front à la justice, vacille, tangue et se rétablit. Soudain dénoncé par ses fils Clovis et Gustave, le «patriarche» passe aux aveux à 78 ans, puis se rétracte. Au cours d'une enquête bâclée et d'un procès que l'historien Frédéric Pottecher a comparé à une tragédie grecque, le vieux paysan madré fut condamné à la guillotine, gracié à deux reprises, et il mourra dans son lit, emportant le lourd secret de Lurs dans sa tombe. La justice s'éteindra avec lui. «Qui peut encore croire que mon grand-père ait fait la sottise de commettre l'irréparable à côté de sa propre ferme?» s'indigne encore Alain Dominici, citant fort à propos ce dicton ancestral: «Un renard rusé ne tue pas autour de son terrier.» Celui qui s'est battu des années durant pour tenter de réhabiliter son aïeul connaît les méandres de l'enquête sur le bout des doigts. À trois reprises, il a demandé la révision de son procès. En vain. Qu'importe. Ce combattant de la mémoire, par ailleurs judoka sixième dan, poursuit ses recherches. «Comment expliquer que mon grand-père ait pu commettre un crime à une 1 heure du matin, alors qu'il se couchait tous les soirs à 20 h 30 pour se lever tous les jours à 3 heures?» interroge-t-il encore avant de pointer quelques bizarreries de l'enquête. Les pandores de l'époque, qui confondent les baskets délacées du lord avec une paire de chaussons. La culotte ensanglantée retrouvée sur une voie voisine qui n'a jamais été expertisée. Les centaines de curieux venus autour des cadavres, piétinant, déplaçant, récupérant des souvenirs. Sans parler des quatre références de munitions retrouvées sur place, utilisées normalement par des unités militaires, dont une compagnie canadienne qui n'a jamais mis les pieds en France. «La machine s'est emballée, elle est devenue ­folle», grimace enfin Alain Dominici.

Pendant des lustres, les plus chimériques théories et les pistes les plus extravagantes émaillent le dossier. Après avoir brandi le spectre de braconniers, évoqué la présence suspecte d'ouvriers agricoles, écarté puis repris l'hypothèse du crime sexuel, les exégètes du dossier ont même exploré la veine de l'espionnage, y voyant la main du KGB. En effet, l'un des deux Drummond, dont on ne sait vraiment s'il s'agit du lord ou de son épouse, aurait émargé pour le compte des services secrets de Sa Gracieuse Majesté. Depuis lors, la Grand' Terre a été vendue. Et le clan Dominici, dispersé, éclaté. Maintenant, la bâtisse, ancienne propriété monacale du prieuré de Ganagobie, est habitée depuis une quinzaine d'années par un élu du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence. Mais, tel le feu qui couve sous la braise, la saga des Dominici sera rallumée continuellement. Comme en 1972, avec la sortie d'un film où le grand Gabin incarne Gaston. En 1978, lorsque Les Dossiers de l'écran y consacrent un chapitre qui fera date. Ou encore en 2007, quand TF1 revient sur l'affaire dans un téléfilm marquant avec Michel Serrault. Tragédie de mœurs autant que fait divers mythique, le massacre de Lurs ne s'efface pas de la mémoire.


Quand Giono comparaît Gaston à un «roi barbare»

Jean Giono, qui a accepté de couvrir en 1954 le procès de Gaston Dominici à la demande du directeur de l'hebdomadaire Arts, publie l'année suivante ses fameuses Notes sur l'affaire Dominici aux Éditions Gallimard. Dans ce bref opus, l'écrivain doute de la culpabilité du paysan de Lurs. Au moment de la délibération du jury et de la cour, l'écrivain concède: «J'aimerais pas être à leur place. Je suis bourrelé de scrupules et plein de doutes. Si je fais le compte, il y a autant de preuves formelles qui démontrent la culpabilité de l'Accusé que de preuves formelles qui démontrent son innocence.» «C'est un procès de mots ; il n'y a aucune preuve matérielle, dans un sens ou dans l'autre ; il n'y a que des mots», note-t-il. Évoquant Gaston Dominici, qu'il compare volontiers à un «roi barbare», Giono dira de lui: «L'accusé est un être sensible (ne serait-ce que par définition). Tout au long du procès, s'il est ému et s'il ne peut s'empêcher de le montrer, on dit «Il joue la comédie». S'il paraît indifférent, on dit «Quel salaud!». Oui, il joue la comédie quelquefois (…). Mais sauf à ces moments-là, et qui sont rares, et qui ne démontrent pas du tout la culpabilité ni le besoin de dissimulation ni le goût du mensonge, mais simplement le petit théâtre du solitaire latin, enfin sur la sellette ; sauf à ces moments.


Lire tous les détails de l'affaire http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Dominici
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Re: Le 9 septembre - L'affaire qui a marqué la France

Message  Bianca le Dim 9 Sep - 11:53

Ce que je trouve particulièrement dangereux dans ces affaires, c'est qu'il n'y a pas de preuves. Les policiers établissent des liens qui les arrangent et l'accusé se retrouve en prison. Aux Etats Unis, dans un procés, si il n'y a pas de preuve flagrante, les accusés sont très souvent relachés parce qu'il y a un DOUTE RAISONNABLE.
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Re: Le 9 septembre - L'affaire qui a marqué la France

Message  Bianca le Dim 9 Sep - 12:13

Tu as raison Anya, aux Etats Unis, un noir est perdu d'avance, le racisme est toujours bien ancré. Quoique, en France, nous avons le délit de faciès. Je n'ai pas lu le livre sont tu parles mais j'ai lu "Racines" qui m'a bouleversée.
Quant à la justice, c'est comme la médecine, elle est appliquée selon deux critères, les pauvres et les riches. Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade.
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