Un divorce aurait été si simple

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Un divorce aurait été si simple

Message  Bianca le Dim 9 Sep - 15:02

Heureusement que l'A380 n'existait pas à l'époque. Car pour tuer Rita le bel Albert ne compte pas...

Le 9 septembre 1949 est une grande date dans l'histoire de l'aviation civile. Pour la première fois, un homme plein d'imagination planque une bombe dans un zinc pour se débarrasser de sa femme. Qu'il y ait d'autres passagers et l'équipage à bord de l'appareil ne gêne absolument pas Albert Guay, un Canadien francophone de 32 ans. Peut-être rend-il même service, qui sait ? Et puis, entre nous, quatre ans auparavant, les Américains n'ont pas hésité à balancer une bombe A sur Hiroshima peuplé d'enfants innocents. Et les Anglais avec Dresde ? Bref, dans sa petite guerre contre sa femme Rita, Albert accepte le principe de victimes collatérales. Quel charmant mari.


Les faits : à 10 h 45, survolant la montagne au Sault-au-Cochon, à 65 kilomètres à l'est de Québec, le DC-3 de la Quebec Airways explose subitement. Les 23 personnes à bord périssent instantanément. Les équipages de deux navires sur le Saint-Laurent entendent l'explosion et assistent avec horreur à la chute des débris de l'avion. Le sabotage d'Albert Guay a marché au poil. Le voilà veuf, prêt à convoler avec la jeunette de 19 ans dont il est tombé amoureux. Il s'apprête en plus à empocher les 10 000 dollars de l'assurance-vie qu'il a prise le matin même sur la tête de son épouse, la généreuse Rita. Albert est joaillier. Enfin, c'est ce qu'il prétend, en réalité il vend des montres. C'est un beau gosse, un hâbleur, qui aime séduire et s'amuser. Il rencontre son épouse, Rita Morel, durant la guerre, ils se marient rapidement. De retour à Québec, il ouvre une petite bijouterie. Il ne peut s'empêcher de draguer ses clientes, multiplie les aventures jusqu'à en négliger son commerce. Rita, qui n'est pas bête, commence à lui faire des scènes.



Dynamite

Qu'importe à Albert, au printemps 1949, il tombe amoureux d'une mignonne petite poulette de 19 ans nommée Marie-Ange Robitaille. Il lui sort le grand jeu, n'hésite pas à se dire célibataire et va jusqu'à lui offrir une bague de fiançailles. Il l'installe dans un modeste appartement. Elle gobe tout, la Marie-Ange. Elle est amoureuse d'Albert malgré les treize ans qui les séparent. Mais un jour, elle reçoit la visite de Rita qui a surpris le manège de son époux. En découvrant la vérité sur son prétendu fiancé, elle tombe des nues et rompt aussitôt avec lui. C'est que Marie-Ange est une jeune fille honnête, catholique, qui désire le mariage, et rien d'autre. Quelle intransigeance ! Albert, qui est vraiment amoureux de la petite, n'a pas le choix. S'il veut poursuivre sa romance en s'enrichissant : il lui faut se débarrasser de Rita. À bien y réfléchir, c'est donc la religion de la Marie-Ange qui scelle le destin de 23 personnes...


Reconnaissons à Albert qu'il a commencé par envisager un empoisonnement de son épouse. Il demande à un ami de lui rendre ce service, mais celui-ci refuse. Comment faire ? Il lit dans le journal une histoire d'avion ayant explosé en vol, à l'étranger, qui lui donne une idée. Celle de demander à Rita de livrer un bijou dans une lointaine ville canadienne, l'obligeant ainsi à prendre l'avion. Et de faire embarquer une bombe à retardement dissimulée dans un objet. Il va trouver son employé Généreux Ruest à qui il demande de lui bricoler un engin explosif pour défricher un terrain boisé qu'il vient d'acquérir. Il fait acheter la dynamite nécessaire à la soeur de Généreux, Marguerite Pitre, qu'il connaît bien puisqu'il lui emprunte parfois son logement pour y emmener ses conquêtes.


La bombe prête, il demande donc à son épouse Rita de livrer des bijoux à Baie-Comeau. Il a planqué la bombe dans une statuette qu'il empaquette, puis demande à Marguerite Pitre, une dernière faveur : qu'elle apporte le paquet à l'aéroport pour le faire expédier à Baie-Comeau dans le même avion que sa femme. Quant à lui, comme si de rien n'était, il accompagne Rita à l'embarquement. Il se paie même le luxe d'une dernière dispute avec elle. Celle-ci, dit-on plus tard, aurait retardé le décollage de l'avion. Ce qui a une importance cruciale dans cette histoire, car, si l'avion s'était désintégré au-dessus du Saint-Laurent comme Albert l'avait prévu, les enquêteurs n'auraient pas eu de débris à se mettre sous la dent. Or, ce n'est pas le cas. Le DC-3 s'écrase au sol, ce qui permet aux policiers de découvrir les traces de la bombe. Ils se mettent aussitôt en chasse de celui qui l'a installée. Carlos étant toujours emprisonné à la Santé, ce ne peut être lui...



Assurance-vie

Les policiers ne perdent pas de temps pour découvrir que le matin même du vol Rita Guay a pris une assurance-vie au profit de son mari. L'affaire est claire, c'est lui le coupable. D'autant que, dix jours plus tard, Marguerite Pitre avoue son rôle après une tentative de suicide. Elle reconnaît avoir livré la statuette, mais jure que ni elle ni son frère n'étaient au courant de la présence de la bombe à l'intérieur. Albert est arrêté quelques jours plus tard et jugé en février 1950. Durant le procès, il commence par clamer son innocence en affirmant que Généreux Ruest et sa soeur Marguerite ont substitué une bombe à son colis. Pour quelle raison ? Pas de réponse. Bref, il est condamné à être pendu le 23 juin 1950. Espérant gagner du temps, il accuse maintenant Ruest et Pitre d'avoir été au courant de sa machination. Le frère et la soeur sont arrêtés.


Le procès de Ruest commence en novembre. Malgré ses dénégations, il est reconnu coupable de meurtre le 13 décembre. Albert Guay n'a gagné que peu de temps, car il est pendu le 12 janvier 1951 à la prison de Bordeaux, à Montréal. Se consolant comme il peut, il confie au bourreau : "Au moins, je meurs célèbre." Puis, c'est au tour de Marguerite d'être jugée en mars 1951. Naïve et peu intelligente, elle est pourtant décrite comme un être manipulateur par le procureur général. Le jury la condamne également à être pendue. Le frère et la soeur seront exécutés respectivement le 25 juillet 1952 et le 9 janvier 1953. Sont-ils coupables ? Sont-ils deux victimes collatérales supplémentaires d'Albert Guay ? Point de réponse
avatar
Bianca
Admin

Messages : 579
Date d'inscription : 30/05/2011
Age : 65
Localisation : Royan (Charentes-Maritimes)

http://club-animaux.forumpro.fr

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum