Simone Weber, la diabolique de Nancy

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Simone Weber, la diabolique de Nancy

Message  Bianca le Ven 14 Sep - 12:43

Condamnée en 1991 à 20 ans de prison pour avoir découpé en morceaux son amant, libérée en 1999, cette coriace a toujours nié.

Simone Weber est reconnue coupable d'avoir tué puis découpé en morceaux Bernard Hettier. Elle a toujours nié les faits.

Avec ses bouclettes rondes mises en plis par ses soins, son regard polaire, ses tenues impeccables et son coquet sac à main, Simone Weber, 82 ans, évoque la petite bourgeoisie de province, la messe du dimanche, les thés dansants, les parties de rami et de bridge. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Cette mère de cinq enfants a pourtant passé 14 ans de sa vie en prison. Mais, contre vents et marées, elle n'a jamais cessé de nier, avec un aplomb et un bagout inégalables, le meurtre de son amant Bernard Hettier.

Cette résistance cachée intrigue et fait carburer les imaginations. Par quel bout prendre cette brave grand-mère qui, désormais, connaît par coeur les questions des journalistes ? Cette mamie aux nerfs d'acier, qui pendant les six semaines de son procès, en janvier 1991, s'est battue seule contre tous pour sauver les apparences au mépris des évidences, a fait face au bombardement des questions, à la pression d'une foule haineuse et à la réalité d'un rapport de force objectivement défavorable, usant pas moins de 25 avocats. Tous ou presque ont été répudiés, de Me Collard à Me Vergès, ce dernier pour avoir expliqué face aux assises : "Le juge Gilbert Thiel a voulu faire de cette femme une chimère avec les couilles de Landru et les ovaires de Marie Besnard." Mais Simone, fidèle à sa logique mystérieuse, déteste les grossièretés et les familiarités.


Deux octogénaires sortis d'un roman de Simenon

Mamie confiture un peu ronde, Simone aime le grand monde, les belles manières et dit souffrir d'être salie pour des faits qu'elle nie en bloc. Elle sait que sa condamnation repose sur un faisceau d'indices plus que troublants, mais qu'il manque des preuves irréfutables : un crime sans aveu et, en guise de cadavre, un tronc retrouvé dans une valise qui n'a jamais été formellement identifié comme étant celui du disparu, faute d'expertise génétique. Lorsque nous la rencontrons en 2002, trois ans après sa sortie de prison, la veuve noire n'a qu'une obsession : faire admettre qu'elle est une femme respectable. "Il n'y a rien dans ma vie qui montre que je suis moche intérieurement. Je n'ai rien à voir avec les gens qui découpent les gens en morceaux", ose-t-elle. Elle évoque alors certains éléments du dossier, les témoins non cités volontairement, simplement "pour (lui) nuire", l'histoire du bocal contenant les boyaux du présumé Bernard Hettier qui s'est perdu entre Paris et Nancy, "volé". Elle joue les vertueuses offensées, renvoie par des formules cinglantes tous ceux qui l'accusent et s'offusque des méthodes de la justice. "Vous ne vous rendez pas compte, le juge Thiel a fait retourner le terrain de ma maison par l'armée et il n'a pas eu le temps d'une confrontation avec les Haag. Elle n'a eu lieu que quatre ans et demi après mon incarcération."

Les Haag, ce sont les voisins de Simone Weber, deux octogénaires sortis d'un roman de Simenon, qui passent leur temps à épier les allées et venues à travers le judas de leur porte. Le jour de la disparition de Bernard Hettier, Simone l'attendait devant chez lui à Maxéville, dans la banlieue de Nancy, pour lui demander de déboucher son évier. Il s'était réfugié chez Colette, une ex. "Tu n'as pas l'air de me croire, lui avait-il dit, mais elle m'attend pour me tuer." Colette et Bernard ont une explication orageuse, puis se séparent. Quant aux Haag, ils affirment avoir vu entrer Simone avec un homme qu'ils ne connaissaient pas et ne pas l'avoir vu ressortir. Lors de la confrontation, quatre ans et demi plus tard, ils précisent que l'homme était petit et gros, alors que Bernard Hettier était plutôt grand et mince. Ils sont aussi les seuls à avoir entendu un bruit d'engin électrique dans la nuit du 22 au 23 juin 1985 et à avoir vu Simone Weber descendre une quinzaine de sacs-poubelle.


Le vernis de la bourgeoise craque

Simone innocente ? Alors pourquoi s'est-elle enfermée dans un étau de conduites paradoxales ? Après la disparition de Bernard Hettier, play-boy de province et bricoleur serviable, elle fait téléphoner son cousin à la maîtresse de Bernard Hettier pour lui annoncer qu'il ne viendra pas. Elle demande à son gendre de se faire passer pour le disparu afin d'envoyer un certificat à son employeur pour expliquer son absence. Plus tard, on retrouvera la voiture de Bernard dans un parking à Cannes, loué sous un faux nom par sa soeur, Madeleine. Et, dans le coffre, une meuleuse à béton appartenant à Simone et qu'elle avait déclarée volée. Bref, Simone Weber fait tout pour laisser croire que Bernard est vivant.

"Cela peut créer des doutes, mais je suis innocente. Je ne voulais pas que Bernard ait des ennuis à son travail. Et puis j'avais l'habitude d'utiliser sa voiture. C'était un ami", insiste-t-elle encore. Un ami dévoué qui a coutume de draguer avec sa caisse à outils et de séduire les femmes en réparant leur plomberie ou leur tondeuse à gazon. Mais en bonne gardienne de l'ordre moral, Simone, qui, à l'âge de 15 ans, voulait entrer au Carmel, a des principes. Elle nie que Bernard ait été son amant. "Je n'aime pas ce mot." De quelle nature était leur relation sentimentale ? "C'était un ami qui me rendait des services. Il m'a fait la cour très gentiment. C'était un assez bel homme quand il était habillé, mais il n'avait pas de conversation." Puis elle poursuit : "C'était aussi un cachottier. Quand j'ai appris qu'il avait d'autres femmes, cela a été fini."


Simone n'en démordra pas. Malgré l'épaisseur des témoignages décrivant sa folie amoureuse pour Bernard, les lettres incendiaires et menaçantes qu'elle a pu lui adresser, elle se présente comme une femme pondérée, respectable, calme, une femme de coeur, pas une femme à coup de foudre, ni une femme en proie à la passion. Pas question de laisser paraître une faiblesse affective ou de la jalousie obsessionnelle. Elle affirme avoir de l'indulgence pour un homme qui trompe sa femme. Mais le vernis de la bonne bourgeoise de Nancy craque aussitôt. "Un jour, mon premier mari est venu voir les enfants pour Noël, alors que nous étions séparés. C'était un acte d'amour. Il y avait aussi cette garce avec lui qui attendait dans la voiture..."


Chez elle, une annexe de mairie

Simone a un talon d'Achille : elle encaisse les pires accusations, mais ne supporte pas qu'on fasse allusion à sa vie sexuelle ou au désordre de sa maison. Alors, quand le miroir de sa respectabilité se fend, elle se mue, comme au procès, en mégère ordurière. Garce, crapule, racaille, misère, abandon... Ces mots reviennent souvent dans sa bouche. Produit de la France profonde, Simone s'est battue pour s'extirper de la "basse classe". Sa vie n'est pas un champ de roses : c'est celle d'une enfant dont les parents divorcent et se partagent les enfants et les meubles (les deux filles aînées avec le père, les deux cadettes avec la mère), d'une jeune fille malade victime de plusieurs pleurésies, d'une mère de cinq enfants, dont deux sont morts dans des conditions tragiques et une troisième a failli réussir sa tentative de suicide.

Simone est courageuse. Pour gagner sa vie, elle a tout fait. Soignante, couturière, représentante pour une marque de distributeurs automatiques, démarcheuse pour une société d'assurances. Elle a aussi créé un journal de petites annonces qui a fait faillite. Mais c'est aussi une faussaire dans l'âme. Les gendarmes découvriront chez elle une véritable annexe de mairie. Des documents d'état civil, des extraits d'actes de naissance, des blocs d'ordonnances médicales, des tampons, des sceaux, des chéquiers. Elle amassait tout comme un écureuil et avait l'habitude de traficoter toutes sortes de papiers officiels. Entre autres, le testament de son second mari, Marcel Fixard, un militaire à la retraite. Parce qu'elle était dans le besoin ? Simone Weber se redresse. "Notre maison n'était pas un lieu de misère, dit-elle. La preuve, le procureur de Nancy venait dans l'immeuble." Inflexible et orgueilleuse Simone Weber...


Mamie nerfs d'acier n'a jamais craqué. La cour l'a soupçonnée d'avoir occis son second mari, mais dans le doute, elle l'a blanchie. Elle n'a pas retenu la préméditation en ce qui concerne le meurtre d'Hettier. Mieux, elle a accordé les circonstances atténuantes à cette femme abandonnée par les hommes qui s'est fabriqué une morale bien à elle et dont la faiblesse a été de croire à son propre baratin.
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Re: Simone Weber, la diabolique de Nancy

Message  Bianca le Ven 14 Sep - 16:05

Si elle a vraiment découpé le pauvre homme en 15 mordeaux, elle a déjà un caractère hors du commun. Mais elle a continué à nier et après peine, elle est pimpante, forte comme un roc et prête à refaire sa vie. Moralité : quand on rencontre quelqu'un qui pourrait devenir proche, toujours lui demander son casier judiciaire.
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Re: Simone Weber, la diabolique de Nancy

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