Avant Coluche, Al Capone invente les restos du coeur à Chicago

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Avant Coluche, Al Capone invente les restos du coeur à Chicago

Message  Bianca le Sam 10 Nov - 13:21


Le jour de Thanksgiving, le gangster offre de la dinde à 5 000 victimes de la Grande Dépression. Histoire de passer pour un philanthrope...

Une longue file d'hommes et de femmes patiente devant le 935 South State Street, un immeuble situé dans l'un des quartiers les plus pauvres de Chicago. Au milieu de la foule, on reconnaît Mallaury Nataf avec son fils. La double porte vitrée à battants est surmontée d'une grande banderole blanche sur laquelle on lit : "Gratuit. Soupe, café et doughnuts pour les chômeurs". Nous sommes le 4 novembre 1930, jour de la Thanksgiving (les actions de grâce). L'Amérique est plongée en pleine récession, des millions de malheureux ont perdu leur emploi. Ils ont le ventre creux. Ça, c'est l'Amérique ! Ils peuvent crever la bouche ouverte, le gouvernement s'en fiche. Mais pas le grand, le généreux Al Capone, le philanthrope. Aujourd'hui, grâce au gangster bien-aimé, cinq mille miséreux de Chicago peuvent croquer à pleines dents dans un morceau de dinde de la soupe populaire qu'il vient d'ouvrir, sur les conseils de son pote Coluche.

Habituellement, Capone préfère truffer le poulet que la dinde, alors, que lui prend-il de vouloir nourrir tous ces caves victimes de la Grande Dépression ? A-t-il rencontré soeur Emmanuelle ? Non, le geste n'est pas gratuit, comme on s'en doute. Le gangster a tout simplement besoin d'améliorer son image de marque, car les poulets sont sur ses talons. Déjà, son frère Ralph et son financier ont été coffrés pour fraude fiscale. C'est bientôt son tour. Il les sent caqueter sur sa piste. Puisqu'ils ne parviennent pas à le coffrer pour ses crimes, ils veulent le serrer pour fraude fiscale. Il faut réagir, allumer un contre-feu. Passer du statut d'ennemi public numéro un, à celui d'ami public numéro un. Et comment mieux y arriver qu'en remplissant le ventre creux des milliers de chômeurs ayant perdu leur emploi ? Il est malin, l'enfoiré.



Un gangster au milieu de notables

Le voilà donc qui ouvre une soupe populaire durant l'hiver 1930-1931. Le jour de la Thanksgiving, deux reporters du Chicago's American sont présents sur place pour photographier le gangster au milieu de notables de Chicago, hommes politiques et responsables d'association de charité. L'un d'eux raconte : "J'ai allumé le flash pendant que Bob retirait le bouchon de l'objectif. L'explosion a été assourdissante et la fumée a rempli la pièce. Je me suis retrouvé en train de me pencher par la fenêtre pour aspirer de l'air frais en compagnie de Capone. Les gardes du corps se tenaient debout, le pistolet à la main, cherchant un éventuel assaillant. Quoi qu'il puisse être, Capone avait un bon sens de l'humour."

Quarante jours durant, à raison de trois festins quotidiens offerts à mille personnes, le resto du coeur d'Al Capone sert 120 000 repas. Il n'y a pas tous les jours de la dinde au menu, parfois du pot-au-feu, du poulet. Le plus souvent une bonne soupe roborative et du pain. À 31 ans, le gangster est l'homme le plus puissant de Chicago. Il empoche, dit-on, jusqu'à 6 millions de dollars par semaine grâce au racket, au proxénétisme et au trafic d'alcool.



Dans le collimateur des fédéraux

Aussi, les 12 000 dollars qu'il aurait dépensés pour nourrir les chômeurs ne sont qu'une goutte de soupe dans un chaudron. D'autant que ses hommes de main ont gentiment invité les commerçants du quartier à verser leur obole. Pourtant, le gangster n'atteint pas totalement son objectif. Si son apparente générosité lui vaut la reconnaissance populaire, en revanche, ni l'attorney général, qui est à ses basques, ni le fisc ne se laissent impressionner. Au contraire même, ils se demandent d'où vient le pognon. La presse a beau donner la parole aux pauvres qui affirment que le bootlegger (trafiquant d'alcool) fait davantage pour eux que le gouvernement, Capone reste dans le collimateur des fédéraux qui mettent même les bouchées doubles... après le fameux repas de la Thanksgiving.

Le 5 juin 1931, Capone est inculpé pour fraude fiscale et infraction à la loi sur la prohibition. Il retrouve le baron Ernest-Antoine Seillière dans le bureau du juge d'instruction. Enfin, le 14 octobre, Al Capone se retrouve en prison pour les huit années suivantes. C'est à son tour de goûter à la bonne soupe gratuite de l'État
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